Loi de finances 2026 : Ce qui change pour l'impôt sur le revenu des particuliers et des entreprises
Introduction : Un Budget 2026 sous le Signe de la Rigueur Négociée
Promulguée le 19 février 2026 et publiée au Journal officiel le lendemain, la loi de finances pour 2026 (L. n° 2026-103) est le fruit d'un processus législatif particulièrement houleux. Engagée dans la procédure d'urgence dès l'automne 2025, elle a failli ne jamais voir le jour, le gouvernement ayant eu recours à l'article 49-3 de la Constitution pour faire adopter le texte le 2 février 2026 face à la menace d'une censure parlementaire.
Ce contexte politique explique la nature du texte final : un compromis entre rigueur budgétaire et préservation du pouvoir d'achat. Plusieurs mesures initialement prévues ont été abandonnées sous pression parlementaire — notamment le gel total du barème de l'impôt sur le revenu, la suppression de l'abattement de 10 % sur les pensions de retraite, ou encore la réforme de l'IFI. À l'inverse, quelques mesures favorables aux contribuables ont vu le jour, comme la création d'un statut de bailleur privé ou le maintien de l'abattement retraites.
En matière fiscale, la loi de finances 2026 s'articule autour de deux axes principaux : d'un côté, une fiscalité des particuliers ajustée à la marge avec des indexations sur l'inflation et une contribution différentielle pérennisée pour les hauts revenus ; de l'autre, une fiscalité des entreprises marquée par le durcissement de la surtaxe IS pour les très grands groupes, la réforme substantielle du Pacte Dutreil et la prorogation de dispositifs de soutien à l'économie verte.
Revalorisation du Barème IR : +0,9% en 2026
La loi de finances 2026 a revalorisé le barème de l'impôt sur le revenu à hauteur de l'inflation, soit +0,9%. Cette décision, au cœur des débats parlementaires, marque un compromis sensible.
Au départ, le gouvernement envisageait un gel du barème — ce qui aurait pu faire entrer environ 200 000 nouveaux foyers dans l'impôt en 2026. Les parlementaires ont voté une revalorisation de 1,1%, mais c'est finalement la hausse de 0,9% qui a été retenue.
La revalorisation de +0,9% ne concerne pas uniquement les tranches du barème. Plusieurs autres paramètres ont été ajustés : le plafond du quotient familial passe de 1 791 € à 1 807 € par demi-part supplémentaire.
Concrètement, une personne seule entre dans le barème au-delà de 11 600 euros de revenus (contre 11 497 euros auparavant). Le seuil de non-imposition est de 17 604 euros de revenu fiscal, soit environ 1 630 euros net par mois.
Les 5 Tranches du Barème IR 2026 : Tableau Officiel
Le barème 2026 comprend 5 tranches : 0% jusqu'à 11 600 €, 11% de 11 601 € à 29 579 €, 30% de 29 580 € à 84 580 €, 41% de 84 581 € à 181 916 €, et 45% au-delà de 181 916 €. Ces montants s'appliquent par part fiscale.
| Tranche de revenu net imposable (par part) | Taux marginal | Évolution vs 2025 | Impôt max sur la tranche |
|---|---|---|---|
| Jusqu'à 11 600 € | 0% | +104 € (seuil) | 0 € |
| De 11 601 € à 29 579 € | 11% | +159 € (plafond) | 1 977 € |
| De 29 580 € à 84 577 € | 30% | +486 € (plafond) | 16 499 € |
| De 84 578 € à 181 917 € | 41% | +823 € (plafond) | 39 892 € |
| Au-delà de 181 917 € | 45% | Illimité | 45% au-delà |
Quotient Familial : Ajustements 2026
Le système du quotient familial, qui permet aux familles de diviser leurs revenus par un nombre de parts reflétant leur composition, a également été ajusté conformément à la revalorisation de 0,9%.
| Paramètre fiscal | Montant 2025 | Montant 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| Plafond avantage quotient familial (par demi-part) | 1 791 € | 1 807 € | +16 € |
| 1ʳᵉ tranche barème (entrée dans l'impôt) | 11 497 € | 11 600 € | +103 € |
| Seuil de mise en recouvrement (impôt dû) | 61 € | 61 € | Inchangé |
| Plafond réduction d'impôt enfant gardé | 1 150 € | 1 160 € | +10 € |
| Plafond réduction d'impôt personne seule avec enfant | 3 782 € | 3 816 € | +34 € |
Contribution Différentielle sur les Hauts Revenus (CDHR) : Pérennisée
Instaurée en 2025, la contribution différentielle sur les hauts revenus est reconduite par la loi de finances 2026. Cet impôt vise à garantir un taux d'imposition minimale de 20% sur les revenus pour les foyers fiscaux les plus aisés, jusqu'à ce que le déficit public soit inférieur à 3% du PIB.
La loi pérennise la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR). Contrairement à l'année précédente où elle n'était prévue que pour un an, elle est désormais inscrite durablement dans le droit fiscal français tant que la condition sur le déficit public n'est pas remplie.
| Situation du foyer fiscal | Seuil de RFR (revenus 2025) | Taux minimum garanti |
|---|---|---|
| Célibataires, divorcés, veufs (1 part) | 250 000 € | 20% |
| Couples soumis à imposition commune (2 parts) | 500 000 € | 20% |
| Mécanisme de lissage | Système de décote progressive entre 250 000 € et 330 000 € pour les célibataires, entre 500 000 € et 660 000 € pour les couples | |
Concrètement, si votre taux effectif global d'imposition (IR + prélèvements sociaux) est inférieur à 20%, la CDHR vient combler la différence. Ce mécanisme cible notamment les contribuables dont les revenus sont principalement composés de plus-values mobilières ou immobilières, de dividendes taxés à la flat tax, ou de revenus exonérés.
Retraités : L'Abattement de 10% Définitivement Maintenu
L'article 6 du projet de loi de finances 2026 prévoyait la suppression de l'abattement de 10% des pensions de retraite sur le calcul de l'impôt sur le revenu, en le remplaçant par un abattement forfaitaire de 2 000 euros. La loi de finances 2026 adoptée supprime cette mesure en conservant cet avantage fiscal.
Cette victoire pour les retraités est significative. L'UNSA Retraités a obtenu le maintien de l'abattement de 10% sur les pensions et retraites, que le gouvernement avait prévu de supprimer dans le projet de budget 2026.
Hausse de la CSG sur les Revenus du Patrimoine
La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a essentiellement relevé de 1,40% le taux de la CSG sur certains revenus du patrimoine. Cette mesure, adoptée en parallèle de la loi de finances, touche principalement les revenus fonciers, les plus-values immobilières et certains revenus de capitaux mobiliers.
| Type de prélèvement | Taux 2025 | Taux 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| CSG sur revenus du patrimoine | 9,20% | 10,60% | +1,40% |
| CRDS | 0,50% | 0,50% | Inchangé |
| Prélèvement de solidarité | 7,50% | 7,50% | Inchangé |
| Taux global prélèvements sociaux | 17,20% | 18,60% | +1,40% |
Concrètement, si vous percevez 10 000 € de revenus fonciers, vos prélèvements sociaux passent de 1 720 € à 1 860 €, soit 140 € supplémentaires par an. Sur un patrimoine générant 50 000 € de revenus, la hausse représente 700 € de charges sociales supplémentaires. Cette mesure touche particulièrement les propriétaires-bailleurs et les détenteurs d'un portefeuille financier important.
Nouvelle Taxe sur les Holdings Patrimoniales
La loi de finances 2026 instaure la création d'une taxe sur les holdings patrimoniales avec un champ d'application plus restreint que dans le projet de loi initial soumis aux parlementaires.
Il s'agissait de l'une des mesures phares du projet de budget 2026 qui visait à taxer à hauteur de 2% le patrimoine financier des holdings patrimoniales (biens immobiliers d'habitation, trésorerie, titres…).
| Caractéristique | Contenu de la mesure |
|---|---|
| Taux de la taxe | 2% sur les actifs visés |
| Actifs taxés | Immobilier d'habitation, trésorerie, titres financiers non affectés à l'activité opérationnelle |
| Relation avec l'IFI | Les titres soumis à cette taxe sont exonérés d'IFI pour éviter la double imposition |
| Déductibilité IS | Non déductible du résultat pour le calcul de l'IS |
| Contentieux | Règles du contentieux de l'impôt sur les sociétés — juge administratif |
| Date d'entrée en vigueur | À compter du 21 février 2026 |
Statut de Bailleur Privé « Jeanbrun » : Une Révolution pour la Location Nue
L'une des mesures les plus attendues par les propriétaires bailleurs est la création d'un nouveau statut de bailleur non professionnel, surnommé « Jeanbrun » du nom du parlementaire à l'origine de l'amendement. Il représente une refonte significative de la fiscalité de la location nue.
Ce dispositif a pour objectif de réaligner la fiscalisation des revenus de la location nue avec celle de la location meublée, en permettant d'amortir fiscalement 80% de l'investissement immobilier.
Ce dispositif s'adresse en priorité aux propriétaires qui louent des logements nus à titre de résidence principale du locataire. Il vise à encourager la mise en location de logements vacants et à lutter contre la pénurie de logements accessibles dans les grandes métropoles.
IS Grandes Entreprises : Surtaxe Reconduite et Recentrée
La loi de finances 2026 reconduit pour une nouvelle année la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises. Cette surtaxe a pour objectif de faire contribuer davantage les grandes entreprises à la réduction du déficit public.
La loi de finances 2026 exclut les ETI en rehaussant le seuil d'imposition aux seules entreprises qui réalisent un chiffre d'affaires supérieur à 1,5 milliard d'euros (contre un milliard en 2025). Ce relèvement de seuil est une victoire pour les entreprises de taille intermédiaire, qui auraient été lourdement pénalisées par le maintien du seuil à 1 milliard.
| Tranche de chiffre d'affaires | Taux surtaxe IS | Modalités de paiement |
|---|---|---|
| Moins de 1,5 milliard € | Exonéré | ETI et PME non concernées |
| Entre 1,5 et 3 milliards € | 20,60% | Acompte de 98% au 15 déc. 2026 |
| Au-delà de 3 milliards € | 41,20% | Acompte de 98% au 15 déc. 2026 |
| Base de calcul | Moyenne de l'IS dû sur les deux derniers exercices (2025 et 2026) | |
La surtaxe d'impôt sur les sociétés instaurée par la loi de finances pour 2025 est reconduite et s'appliquera au titre des deux premiers exercices clos à compter du 31 décembre 2025, soit les exercices 2025 et 2026 pour les sociétés dont l'exercice est aligné sur l'année. Les groupes concernés doivent donc anticiper cette charge sur leurs deux prochains exercices.
Réforme du Pacte Dutreil : Durcissement des Conditions
Le Pacte Dutreil, qui permet une exonération de 75% des droits de donation ou de succession lors d'une transmission d'entreprise familiale, est substantiellement réformé par la loi de finances 2026. Le dispositif voit ses conditions d'application renforcées, après notamment que la Cour des comptes a pointé du doigt des avantages considérés comme exagérément favorables.
| Paramètre | Régime antérieur | Régime 2026 |
|---|---|---|
| Taux d'exonération des droits | 75% | 75% (maintenu) |
| Durée engagement individuel de conservation | 4 ans | 6 ans +2 ans |
| Durée engagement collectif total | 6 ans | 8 ans +2 ans |
| Actifs somptuaires inclus | Oui (sous conditions) | Non — exclus de l'assiette exonérée |
| Logements non affectés à usage pro. | Inclus | Exclus |
| Objets d'art, bijoux de valeur | Inclus | Exclus |
| Véhicules de tourisme | Inclus | Exclus |
| Impact TPE/PME | — | Limité — focus sur grandes structures patrimoniales |
Cette réforme concerne surtout les grandes entreprises familiales. Pour les TPE et PME, l'impact reste limité mais nécessite une anticipation patrimoniale. Les dirigeants envisageant une transmission dans les prochaines années doivent revoir leur stratégie avec leur notaire et conseiller fiscal, en tenant compte de l'allongement des durées d'engagement et de l'exclusion des actifs somptuaires.
C3IV Prorogé Jusqu'en 2028 : Soutien à l'Industrie Verte
La loi de finances 2026 proroge pour trois ans (jusqu'au 31 décembre 2028) le dispositif du crédit d'impôt au titre de l'investissement dans l'industrie verte (C3IV). Certains paramètres du C3IV sont également modifiés dans la loi de finances pour s'adapter au cadre européen.
Le C3IV est un mécanisme de crédit d'impôt calculé sur les investissements corporels (bâtiments, machines, équipements) et incorporels (brevets, licences, savoir-faire) liés à la production d'équipements et technologies vertes : batteries, panneaux solaires, éoliennes, pompes à chaleur, électrolyseurs.
Le C3IV s'inscrit dans la stratégie européenne de réduction de la dépendance aux technologies vertes chinoises. En France, il complète d'autres dispositifs comme le CIR (crédit d'impôt recherche) et le CII (crédit d'impôt innovation), formant un écosystème fiscal favorable aux entreprises technologiques qui innovent dans le domaine de la transition énergétique.
CVAE : Maintien et Calendrier de Suppression
La Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE) est maintenue pour 2026 avec la loi de finances 2026. La CVAE est un impôt local basé sur la valeur ajoutée générée par l'entreprise.
La suppression progressive de la CVAE, initialement promise pour 2024 puis reportée, se poursuit selon un calendrier désormais stabilisé jusqu'en 2030. Pour les entreprises, cela signifie que la charge fiscale liée à la CVAE reste réelle pendant encore plusieurs années, avec une diminution graduelle du taux effectif.
| Année fiscale | Taux maximum CVAE | Situation |
|---|---|---|
| 2023 | 0,375% | Réduit (divisé par 2) |
| 2024 | 0,28% | Réduit |
| 2025 | 0,19% | Réduit |
| 2026 | 0,19% | Maintenu |
| 2027–2029 | À définir | Suppression progressive |
| 2030 | 0% | Suppression totale prévue |
Micro-Entreprises : Seuils et Barème Ajustés
Les seuils de la micro-entreprise ainsi que le barème de l'impôt sur le revenu ont été ajustés pour 2026. Ces modifications impactent directement le calcul des charges et des impôts des petites entreprises et indépendants.
| Catégorie d'activité | Seuil CA micro 2025 | Seuil CA micro 2026 |
|---|---|---|
| Vente de marchandises (BIC) | 188 700 € | ~190 000 € (indexé) |
| Prestations de services (BIC/BNC) | 77 700 € | ~78 400 € (indexé) |
| Professions libérales réglementées (BNC) | 77 700 € | ~78 400 € (indexé) |
Pour les micro-entrepreneurs, la revalorisation des seuils de chiffre d'affaires — en cohérence avec l'indexation générale de 0,9% — permet à davantage d'indépendants de rester sous le régime micro-fiscal avantageux tout en voyant leur activité progresser légèrement.
Bilan & Stratégies Face à la Fiscalité 2026
La loi de finances 2026 est une loi de compromis mesuré. Elle ne révolutionne pas profondément le paysage fiscal français mais apporte des ajustements significatifs sur plusieurs fronts. Les grandes lignes à retenir :
- La revalorisation du barème IR à +0,9% préserve les contribuables modestes d'une entrée automatique dans l'impôt, mais peut ne pas suffire pour ceux dont les revenus ont progressé plus vite que l'inflation.
- La CDHR pérennisée impose une imposition minimale de 20% aux hauts revenus : une mesure durable qui doit être intégrée dans toute stratégie patrimoniale.
- Le nouveau statut de bailleur privé ouvre des opportunités importantes pour les propriétaires-bailleurs souhaitant optimiser leur fiscalité immobilière.
- La réforme du Pacte Dutreil allonge les délais d'engagement et exclut les actifs somptuaires — les transmissions en cours doivent être réévaluées avec un conseil spécialisé.
- La surtaxe IS pour les très grands groupes est maintenue et calculée sur deux exercices : les entreprises concernées doivent provisionner cette charge.
- Le C3IV prorogé jusqu'en 2028 offre une visibilité précieuse pour les industriels investissant dans la transition énergétique.
Face à ces changements, la stratégie gagnante reste la même : anticiper, planifier et consulter. Que vous soyez particulier, indépendant, dirigeant de PME ou gestionnaire de patrimoine, chaque mesure de ce budget mérite d'être passée au crible de votre situation personnelle avec votre expert-comptable, conseiller en gestion de patrimoine ou avocat fiscaliste.

