SCPI en 2026 : Bon Plan ou Piège à Éviter ?

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SCPI en 2026

Il y a encore quatre ans, les SCPI semblaient intouchables. On les vendait comme "l'investissement immobilier sans les contraintes" : pas de locataire à gérer, pas de travaux à financer, juste des revenus réguliers qui tombent chaque trimestre. Et puis 2022 est arrivé, avec ses hausses de taux en cascade, et tout s'est compliqué.

Des milliers d'épargnants ont regardé la valeur de leurs parts fondre de 15 à 25% sur certains supports. Des expressions comme "suspension des retraits" ou "révision à la baisse des prix de parts" ont refait surface dans les journaux financiers, rappelant douloureusement que l'immobilier papier n'est pas aussi indestructible qu'on le présente parfois. La confiance a été érodée. Les collectes se sont taries.

En 2026, le contexte a évolué. Les taux directeurs de la Banque Centrale Européenne ont rebaissé. Les valorisations immobilières se stabilisent. Certaines SCPI affichent à nouveau des taux de distribution corrects. Mais la question reste entière : est-ce que les SCPI valent encore le coup, ou faut-il définitivement tourner la page ?

La réponse honnête : ça dépend. Pas très glamour, mais c'est la vérité. Dans cet article, on va décortiquer les SCPI sous toutes leurs coutures — ce qui fonctionne, ce qui reste risqué, la fiscalité qu'on oublie toujours de mentionner, et pourquoi 2026 peut être une fenêtre intéressante à condition de ne pas reproduire les erreurs du passé.

Partie 01

C'est quoi une SCPI, vraiment ?

Une Société Civile de Placement Immobilier (SCPI) est un véhicule d'investissement collectif dans l'immobilier. En clair : plusieurs milliers d'épargnants mettent en commun leur argent pour acheter et gérer un parc immobilier — des bureaux, des commerces, des entrepôts, des cliniques, des appartements — confié à une société de gestion professionnelle agréée par l'Autorité des marchés financiers (AMF).

L'investisseur n'achète pas un appartement rue des Lilas à Lyon. Il achète des parts d'un fonds qui possède lui-même des centaines de biens immobiliers, parfois répartis sur plusieurs pays européens. En échange, il perçoit une quote-part des loyers encaissés, généralement chaque trimestre, parfois chaque mois selon les SCPI plus récentes.

Le produit existe depuis plus de 50 ans en France — la première SCPI date de 1964. Longtemps cantonné aux investisseurs avertis, il s'est démocratisé avec des tickets d'entrée parfois inférieurs à 200 euros sur certaines plateformes numériques. Aujourd'hui, les SCPI gèrent collectivement plus de 90 milliards d'euros de patrimoine immobilier, ce qui en fait l'un des placements collectifs les plus importants du marché français.

Ce qu'on appelle souvent "pierre-papier", c'est précisément ça : vous avez une exposition à l'immobilier physique, sans avoir à posséder le bien physiquement. Pratique en théorie. En pratique, les choses sont un peu plus nuancées.

Partie 02

Le fonctionnement concret : ce qu'on ne vous explique pas toujours

Mécaniquement, voici comment ça marche. Vous achetez des parts auprès d'une société de gestion, au prix de souscription fixé par cette dernière — pour une SCPI à capital variable. Pour une SCPI à capital fixe, vous passez par le marché secondaire, où les parts s'échangent entre acheteurs et vendeurs, parfois avec une décote par rapport à la valeur d'expertise des actifs.

Une fois investi, vous patientez pendant le délai de jouissance — en général 3 à 6 mois selon la SCPI — avant de commencer à percevoir des revenus. Ce délai existe parce que la société de gestion a besoin de temps pour déployer votre capital en acquérant de nouveaux actifs. Si votre conseiller omet de vous le mentionner, posez la question : ce décalage peut surprendre.

Les revenus sont ensuite distribués selon un taux qu'on appelle le TDVM (Taux de Distribution sur Valeur de Marché). C'est l'indicateur de référence pour comparer les performances des SCPI entre elles. Il mesure les revenus distribués dans l'année rapportés au prix de la part au 1er janvier de cette même année. Si votre SCPI affiche un TDVM de 5%, cela signifie qu'elle a distribué 5 euros par an pour 100 euros investis — avant impôts.

Si vous voulez sortir, deux options : revendre vos parts sur le marché secondaire en espérant trouver un acheteur, ou — pour les SCPI à capital variable — demander un retrait à la société de gestion, qui se charge de vous trouver un repreneur. Et c'est là que l'illiquidité peut devenir un vrai problème. En période de tension, les délais s'étendent, les retraits sont parfois suspendus. Les épargnants qui ont vécu 2023 s'en souviennent.

Partie 03

Les différents types de SCPI : ne pas tout mettre dans le même panier

Toutes les SCPI ne se ressemblent pas, et en 2026, la différence entre les catégories est plus marquée que jamais. Comprendre la typologie vous évitera bien des déceptions.

Les SCPI de rendement constituent le modèle classique. Elles misent sur des actifs générateurs de loyers — bureaux, commerces, logistique, santé — avec pour objectif de distribuer un revenu régulier aux associés. C'est là que se concentre l'essentiel de la collecte historique.

Les SCPI thématiques représentent une tendance forte depuis 2020. Elles se spécialisent sur un secteur porteur : santé (cliniques, EHPAD, cabinets médicaux), logistique (entrepôts e-commerce), ou résidentiel européen (appartements en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne). Ces SCPI ont globalement mieux résisté à la crise récente, et leur thèse d'investissement reste solide pour les années à venir.

Les SCPI fiscales — Pinel, Malraux, Monuments Historiques — offrent des réductions d'impôt en contrepartie d'un rendement locatif faible ou nul. Utiles dans certains profils fiscaux bien précis, mais à manipuler avec beaucoup de prudence, surtout dans un marché immobilier en mutation.

Les SCPI européennes connaissent une montée en puissance notable. En investissant hors de France, elles offrent une fiscalité potentiellement avantageuse : les revenus sont imposés dans le pays source, avec un crédit d'impôt en France, et n'y supportent pas les prélèvements sociaux. Pour les contribuables fortement imposés, l'écart de rendement net peut être significatif.

Tableau 1 — Comparaison des principaux types de SCPI

Type de SCPIRendement cibleRisqueFiscalitéProfil adapté
Rendement classique (France)4 – 5,5 %ModéréRevenus fonciers + PSÉpargnant cherchant revenus réguliers
Thématiques (santé, logistique)4,5 – 6 %Modéré à élevéRevenus fonciers + PSInvestisseur sectoriel, vision LT
Européennes (hors France)4,5 – 5,5 %ModéréAvantageuse (hors PS)Contribuable fortement imposé
Fiscales (Pinel, Malraux…)0 – 2 %Faible rendementRéduction d'impôtTMI 41 %+ avec besoin fiscal
Plus-value (capital fixe)0 – 2 % courantModéré à élevéPlus-value immobilièrePatrimoniaux, vision 12 ans+
Partie 04

La crise de 2022–2024 : autopsie d'un choc

Pour comprendre où on en est en 2026, il faut revenir sur ce qui s'est passé entre 2022 et 2024. C'est inconfortable, mais nécessaire. Parce que les mêmes erreurs peuvent se reproduire.

Avant la crise, les taux directeurs de la BCE stagnaient autour de 0% depuis des années. Dans cet environnement de taux planchers, les SCPI brillaient par des rendements de 4 à 5% dans un monde où le Livret A ne rapportait que 0,5%. Les collectes battaient des records : en 2022, les épargnants ont investi plus de 10 milliards d'euros en SCPI sur la seule première moitié de l'année.

Puis la BCE a remonté ses taux de façon brutale — de 0% à 4,5% en moins de deux ans — pour combattre une inflation qui flambait. Ce choc de taux a eu un double effet immédiat : d'un côté, les valorisations immobilières ont chuté (quand les taux montent, les actifs à revenus fixes perdent de l'attractivité relative) ; de l'autre, les placements sans risque comme les fonds monétaires ou les livrets réglementés ont retrouvé des rendements proches ou supérieurs à ceux des SCPI. L'attrait relatif du produit s'était évaporé.

Des SCPI autrefois vedettes ont dû annoncer des baisses de prix de parts de 15 à 25%. Des mots comme "gel des retraits" ont resurgi dans la presse financière.

Les SCPI très exposées aux bureaux parisiens ont particulièrement souffert — et ce n'est pas un hasard. La généralisation du télétravail depuis 2020 a structurellement réduit la demande de surfaces de bureaux. Beaucoup de sociétés de gestion avaient sous-estimé ce changement de comportement. Les taux de vacance locative ont augmenté, les loyers ont subi des pressions à la baisse.

Les épargnants qui avaient souscrit en 2021 au sommet du marché ont découvert une réalité que personne n'avait vraiment mise en avant dans les plaquettes commerciales : la valeur d'une SCPI peut baisser, et les frais d'entrée de 8 à 12% creusent un puits difficile à combler quand le marché se retourne.

Partie 05

2025–2026 : vers une normalisation

Le contexte a changé. À partir de la fin 2024, la BCE a enclenché un cycle de baisse de taux, ramenés progressivement autour de 2,5% à mi-2026. L'immobilier, qui s'était contracté en miroir de la hausse des taux, a commencé à se stabiliser. Les sociétés de gestion qui avaient tiré les leçons de la crise — révision des valorisations, recentrage sectoriel, gestion plus prudente de la liquidité — ont repris le chemin d'une collecte raisonnée.

En 2026, le taux de distribution moyen des SCPI se situe autour de 4,5 à 5,5% selon les typologies. Ce n'est pas un record absolu, mais dans un environnement où le Livret A est retombé à 2,5%, l'écart de rendement est à nouveau favorable. Surtout, les SCPI qui ont traversé la crise sans baisser leurs prix de parts méritent d'être regardées de près : elles ont démontré une résilience concrète de leur portefeuille sous-jacent, pas seulement une belle brochure.

Les SCPI thématiques continuent d'afficher des performances solides. La demande en immobilier de santé est portée par le vieillissement démographique, une tendance de fond qui ne se renversera pas. La logistique profite de la croissance continue du commerce en ligne, même si le secteur connaît des tensions de valorisation. Le résidentiel européen offre une diversification géographique bienvenue, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas, deux marchés où l'offre de logements reste structurellement insuffisante.

Les SCPI de bureaux, en revanche, restent sous pression. Le télétravail s'est ancré dans les pratiques des entreprises européennes. Même si certains secteurs sont revenus au présentiel à temps plein, la demande globale de mètres carrés de bureaux ne retrouvera probablement pas son niveau d'avant 2020. Les sociétés de gestion qui n'ont pas encore fait leur mutation vers des actifs alternatifs ou des localisations prime vont continuer à naviguer dans des eaux difficiles.

Partie 06

Les vrais avantages des SCPI

Maintenant que le contexte est posé, regardons les atouts réels des SCPI, sans les enjoliver mais sans les minimiser non plus.

L'accessibilité

Avec des tickets d'entrée souvent autour de 1 000 à 5 000 euros, et parfois moins via les plateformes numériques, les SCPI permettent d'investir dans l'immobilier sans le capital nécessaire pour acheter un bien entier. Dans des villes comme Paris, Lyon ou Bordeaux où un studio coûte 150 000 à 300 000 euros, c'est un point fort réel. L'immobilier ne doit plus être réservé à ceux qui peuvent mobiliser de grosses sommes d'un coup.

La diversification automatique

Quand vous achetez des parts d'une SCPI bien gérée, vous n'êtes pas exposé à un seul appartement dans une seule ville. Vous accédez à un portefeuille de centaines de biens, parfois dans plusieurs pays, répartis entre différents secteurs et dizaines de locataires. Si l'un part ou si un immeuble perd de la valeur, l'impact sur votre rendement global reste marginal. C'est une diversification que l'investisseur immobilier direct ne peut tout simplement pas se permettre avec un capital limité.

La gestion déléguée

C'est l'argument commercial le plus répandu, et il est légitime. Vous n'avez aucune gestion à assumer. Pas d'appel de plombier à 22h, pas de contentieux avec un locataire mauvais payeur, pas de négociation de bail commercial. La société de gestion s'occupe de tout — acquisitions, travaux, gestion locative, comptabilité. Pour un investisseur qui n'a pas le temps, les compétences, ou tout simplement l'envie de gérer de l'immobilier en direct, c'est un avantage concret.

L'effet de levier via le crédit

On peut acheter des parts de SCPI à crédit. Et puisque les taux de crédit immobilier en 2026 se situent entre 3 et 4%, certains montages permettent d'investir avec un effort d'épargne mensuel raisonnable tout en bénéficiant de l'écart entre le rendement de la SCPI et le coût de l'emprunt. Les intérêts d'emprunt sont par ailleurs déductibles des revenus fonciers — un avantage fiscal non négligeable.

L'intégration en assurance vie

De plus en plus d'assureurs proposent des SCPI en unités de compte dans leurs contrats d'assurance vie. L'intérêt est double : une fiscalité allégée à la sortie (prélèvement de 7,5% après 8 ans d'ancienneté, avec abattement) et une liquidité améliorée via l'assureur. Attention cependant : tous les contrats ne proposent pas les meilleures SCPI, et les délais de règlement restent variables d'un assureur à l'autre.

Partie 07

Les risques et les pièges à éviter

Soyons directs : les SCPI ont des défauts, et certains ont coûté cher à des investisseurs mal informés. Les voici, sans filtre.

Risques à ne pas sous-estimer

  • Frais de souscription de 8 à 12% — il faut 3 à 5 ans de rendements rien que pour les amortir
  • Illiquidité réelle — les délais de revente peuvent s'étirer sur plusieurs mois en période de tension
  • Capital non garanti — des baisses de 15 à 25% se sont produites en 2023 sur plusieurs SCPI
  • Fiscalité sévère en détention directe — jusqu'à 62,2% d'imposition à la tranche 45%
  • Délai de jouissance de 3 à 6 mois — vous n'êtes pas rémunéré dès le premier jour
  • Risque de vacance locative si le TOF descend sous 90%

Le piège des frais d'entrée

C'est probablement le point qui fait le plus mal psychologiquement. La majorité des SCPI facturent entre 8% et 12% de frais à la souscription. Sur 10 000 euros investis, 800 à 1 200 euros s'évaporent immédiatement. Vous investissez donc réellement 8 800 à 9 200 euros. Il faut généralement plusieurs années de rendement juste pour récupérer ces frais d'entrée. En dessous de 5 à 7 ans de détention, la SCPI est souvent perdante, même avec un bon TDVM.

Des SCPI dites "sans frais d'entrée" existent depuis quelques années, portées par des plateformes comme Remake Live, Iroko ou Novaxia. Attention : elles appliquent généralement des frais de gestion annuels plus élevés. Vérifiez l'équation globale avant de vous laisser séduire par le zéro percent affiché en gros.

La concentration sectorielle oubliée

Une SCPI qui concentre 70% de ses actifs dans des bureaux parisiens de grade B prend un risque de concentration considérable. La diversification doit être évaluée non seulement par le nombre de biens, mais aussi par la nature des locataires, les secteurs d'activité représentés, et les zones géographiques. Ne vous contentez pas du nombre de lignes dans le rapport annuel.

Partie 08

La fiscalité des SCPI en 2026 : l'angle mort qui change tout

La fiscalité des SCPI est systématiquement le grand oublié des projections de rendement qu'on vous présente. Un TDVM de 5% avant impôt peut fondre à 2,6% ou moins après impôt pour un foyer dans la tranche à 41%. C'est la différence entre un placement attractif et un placement décevant.

Détention directe : la voie la plus coûteuse

Les revenus d'une SCPI détenue en direct sont des revenus fonciers. Ils s'ajoutent à vos autres revenus et sont soumis à votre tranche marginale d'imposition (TMI) plus les prélèvements sociaux de 17,2%. Pour un contribuable à 41% de TMI, le prélèvement total atteint 58,2%. Sur un TDVM de 5%, le rendement net tombe à 2,09%. Ce n'est plus si attrayant.

L'assurance vie : l'enveloppe de prédilection

Dans un contrat d'assurance vie, les dividendes et les éventuelles plus-values sont capitalisés sans imposition immédiate. À la sortie après 8 ans, la fiscalité est favorable : 7,5% d'impôt sur les gains (avec abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule, 9 200 euros pour un couple) plus les prélèvements sociaux. L'inconvénient : tous les contrats ne proposent pas les meilleures SCPI, et la liquidité dépend de l'assureur.

La nue-propriété : l'outil des profils fortement imposés

Une stratégie patrimoniale puissante et encore trop peu connue : acheter uniquement la nue-propriété d'une SCPI, sans percevoir de revenus pendant la période de démembrement, en échange d'une décote de 20 à 40% selon la durée (5 à 15 ans). Pendant le démembrement, vous ne percevez rien et ne déclarez rien aux impôts. À l'issue, vous récupérez la pleine propriété, normalement à une valeur réévaluée. Un outil efficace pour capitaliser sans fiscalité courante.

Tableau 2 — Impact fiscal réel selon le mode de détention

Mode de détentionTMI 30 %TMI 41 %TMI 45 %
Direct (revenus fonciers)47,2 %58,2 %62,2 %
Assurance vie (+8 ans)24,7 %24,7 %24,7 %
SCPI européennes (direct)≈ 15–20 %≈ 15–20 %≈ 15–20 %
Nue-propriété (pendant démembrement)0 %0 %0 %

Ce tableau résume mieux qu'un long discours pourquoi deux investisseurs avec le même TDVM peuvent avoir des expériences radicalement différentes selon leur situation fiscale et leur enveloppe de détention.

Partie 09

Comment choisir une SCPI en 2026 : les critères qui comptent vraiment

Le TDVM ne doit pas être votre seul critère. C'est la tentation la plus courante — chercher la SCPI qui affiche le plus haut rendement — et c'est souvent une erreur. Un TDVM élevé peut masquer une vacance locative croissante, une distribution puisée dans les réserves, ou un portefeuille vieillissant qui n'a pas été renouvelé.

Critères à analyser avant de souscrire

  • TOF (Taux d'Occupation Financier) supérieur à 93% — signe de portefeuille bien loué
  • Report à nouveau équivalent à 15–30 jours de revenus — coussin de sécurité
  • Ancienneté et track record de la société de gestion
  • Diversification : types d'actifs, zones géographiques, nombre de locataires
  • Capacité à faire évoluer la stratégie selon les cycles
  • Niveau réel des frais totaux (entrée + gestion + arbitrage)

Le Taux d'Occupation Financier (TOF) est l'un des premiers indicateurs à regarder. Il mesure la proportion du parc immobilier effectivement loué par rapport au potentiel locatif théorique. Un TOF supérieur à 93% est rassurant. En dessous de 90%, la SCPI perd des revenus et devra soit réduire son taux de distribution, soit puiser dans ses réserves — ce qui n'est pas indéfiniment possible.

Le report à nouveau, c'est le matelas de sécurité de la SCPI. Ce sont les bénéfices non distribués, mis en réserve pour maintenir les dividendes en cas de coup dur. Un report à nouveau équivalent à 15 à 30 jours de revenus distribués est généralement considéré comme sain. Quand une SCPI distribue plus de 100% de ses revenus locatifs réels, elle puise dans ses réserves — ce n'est pas durable.

Enfin, ne négligez pas la durée de détention envisagée. Les SCPI ne sont pas des placements de court terme. La durée recommandée est généralement de 8 à 10 ans minimum pour amortir les frais d'entrée et permettre à la valeur des parts de se revaloriser avec le cycle immobilier. Si vous pensez avoir besoin de cet argent dans 3 ans, regardez ailleurs.

Partie 10

SCPI vs alternatives : le tableau de bord comparatif

Les SCPI ne sont pas le seul moyen d'investir dans l'immobilier. Voici comment elles se positionnent face aux principales alternatives, pour prendre une décision éclairée.

Tableau 3 — Comparaison des véhicules d'investissement immobilier

PlacementRendement brutLiquiditéFrais d'entréeGestionTicket min.
SCPI4,5 – 5,5 %Faible0 – 12 %Déléguée200 – 5 000 €
LMNP / Location meublée4 – 7 %Nulle≈ 8 % (notaire)Personnelle80 000 €+
SIIC (foncières cotées)4 – 6 %ForteFrais courtageDéléguée50 – 100 €
Crowdfunding immobilier8 – 12 %Nulle (durée fixe)0 %Déléguée100 – 1 000 €
OPCI (grand public)3 – 5 %Modérée3 – 5 %Déléguée100 – 1 000 €

Le crowdfunding immobilier affiche des rendements élevés, mais le risque de défaut du promoteur existe, et les fonds sont bloqués 18 à 36 mois sans aucune liquidité. Le LMNP offre une meilleure maîtrise du bien et une fiscalité intéressante sous le régime réel, mais demande du temps, des compétences et un capital bien plus conséquent. Les SIIC cotées sont liquides et accessibles, mais elles fluctuent comme des actions en Bourse et perdent la caractéristique de "stabilité" qu'on cherche souvent dans l'immobilier. La SCPI reste un positionnement intermédiaire cohérent : rendement régulier, gestion déléguée, diversification — avec une liquidité plus faible comme contrepartie principale.

Notre verdict

Les SCPI en 2026 : ni paradis, ni enfer

La SCPI est un outil de patrimoine, pas une solution universelle. Elle convient bien à un épargnant qui a une vision de 8 à 10 ans, un capital disponible d'au moins 10 000 à 20 000 euros, et qui optimise son enveloppe de détention. Elle ne convient pas à quelqu'un qui recherche la liquidité, le rendement à deux chiffres, ou qui refuse d'immobiliser ses fonds sur la durée.

En 2026, après une période de correction, les entrées sont objectivement plus raisonnables qu'en 2021. Les SCPI qui ont traversé la crise sans casse méritent attention. Mais évitez les SCPI de bureaux en zone secondaire et les produits trop récents sans historique.

Pour qui

  • Horizon 8–10 ans minimum
  • Capital disponible (non urgent)
  • Utilisation en assurance vie ou nue-propriété
  • Recherche de revenus passifs réguliers
  • Profils fortement imposés (SCPI européennes)

Pour qui, pas

  • Besoin de liquidité à court terme
  • Attentes de rendements à deux chiffres
  • TMI élevée + détention directe
  • Capital insuffisant (< 5 000 €)
  • Aversion forte à la volatilité du capital
Questions fréquentes

Ce que les investisseurs demandent le plus

Peut-on investir en SCPI avec peu d'argent ?

Oui. Certaines SCPI acceptent des souscriptions à partir de 200 à 1 000 euros. Les plateformes numériques ont démocratisé l'accès. Mais avec un capital très limité, les frais d'entrée pèsent proportionnellement plus lourd et la diversification interne reste faible. Idéalement, prévoyez au moins 5 000 à 10 000 euros.

Quelle est la durée minimale recommandée ?

La majorité des professionnels recommande 8 à 10 ans. En dessous de 5 ans, les frais d'entrée risquent de n'être pas amortis, surtout si le marché a subi une correction. Ce n'est pas un placement spéculatif de court terme.

Les SCPI peuvent-elles faire faillite ?

Une SCPI ne peut pas faire faillite au sens traditionnel, puisqu'elle possède des actifs immobiliers physiques. En revanche, si la société de gestion fait défaut, l'AMF peut imposer un transfert de gestion vers un autre gestionnaire. La valeur de vos parts peut chuter, mais vous conservez vos droits sur les actifs immobiliers sous-jacents.

Comment comparer deux SCPI efficacement ?

Ne vous arrêtez pas au seul TDVM. Comparez le TOF (Taux d'Occupation Financier), le report à nouveau, la diversification du portefeuille, la politique de valorisation des actifs, et le track record de la société de gestion sur au moins un cycle complet. Les rapports annuels et les bulletins trimestriels sont vos meilleurs outils.

Conclusion : une page tournée, une occasion à saisir avec discernement

Les SCPI ont traversé une période de purgatoire entre 2022 et 2024. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi. Les secousses ont éliminé certaines mauvaises pratiques commerciales, forcé plus de transparence de la part des sociétés de gestion, et permis d'identifier celles qui sont vraiment compétentes. Le marché est aujourd'hui plus mature, les valorisations plus réalistes qu'il y a quatre ans.

Investir en SCPI en 2026, c'est miser sur une classe d'actifs qui a démontré sa résilience sur le très long terme, avec des rendements qui restent attractifs comparés aux placements sans risque. C'est aussi accepter une illiquidité partielle, des frais d'entrée qui exigent de la patience, et une fiscalité qu'on ne peut pas ignorer dans le calcul du rendement net.

Le meilleur conseil reste de ne pas décider seul sur la base d'un article — aussi complet soit-il. Un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) indépendant, rémunéré en honoraires plutôt qu'en commissions, pourra vous aider à positionner les SCPI dans votre patrimoine global. Il prendra en compte votre situation fiscale réelle, vos projets à 5, 10, 15 ans, et votre capacité à immobiliser des fonds sur la durée.

Bon plan ou piège ? Ni l'un ni l'autre de façon absolue. Un outil — solide quand on sait s'en servir, dangereux quand on y entre sans lire les instructions.


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